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ToggleEn France, l’accès à l’éducation et à la formation professionnelle reste marqué par de profondes inégalités sociales. Face à ce constat, deux acteurs majeurs viennent de sceller une alliance prometteuse : la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam) et la Fondation EDF. Ce partenariat stratégique vise à créer des passerelles vers la réussite pour les publics traditionnellement éloignés des parcours académiques classiques. Au-delà des simples intentions, cette collaboration s’articule autour d’actions concrètes et de dispositifs innovants qui pourraient bien redessiner le paysage de l’insertion professionnelle en France.
Les enjeux d’un partenariat stratégique pour l’égalité des chances
La Caisse nationale d’assurance maladie et la Fondation EDF ont officialisé leur rapprochement lors d’une cérémonie qui s’est tenue le mois dernier à Paris. Cette union n’est pas le fruit du hasard mais répond à un besoin criant dans notre société : celui de l’égalité des chances dans l’accès aux savoirs et aux compétences professionnelles. Selon les dernières données de l’INSEE, près de 13% des jeunes français sortent du système scolaire sans qualification, un chiffre qui grimpe à 25% dans certains quartiers prioritaires.
Le Cnam, avec son expérience centenaire dans la formation des adultes et son maillage territorial dense (plus de 150 centres répartis sur l’ensemble du territoire), apporte son expertise pédagogique et sa capacité à délivrer des formations qualifiantes reconnues. De son côté, la Fondation EDF, engagée depuis des années dans des actions de mécénat social et éducatif, mobilise son réseau d’entreprises partenaires et ses ressources financières pour soutenir des projets innovants.
« Notre ambition commune est de créer un écosystème favorable à l’épanouissement de tous les talents, quels que soient leur origine sociale ou leur parcours antérieur », a déclaré Laurent Chambaud, directeur général du Cnam, lors de la signature de la convention. Cette vision partagée s’inscrit dans une démarche plus large de responsabilité sociale qui anime les deux institutions.
L’originalité de ce partenariat réside dans sa vision holistique de l’accompagnement. Il ne s’agit pas seulement de proposer des formations, mais de construire un parcours complet allant de la remobilisation des personnes éloignées de l’emploi jusqu’à leur insertion professionnelle durable, en passant par l’acquisition de compétences techniques et transversales.
- Création de passerelles entre formation initiale et continue
- Développement de programmes spécifiques pour les publics vulnérables
- Mise en place d’un système de tutorat et de mentorat
- Valorisation des compétences acquises de manière informelle
Un contexte social qui appelle des réponses innovantes
Ce partenariat intervient dans un contexte particulier où la crise sanitaire a exacerbé les inégalités sociales et éducatives. Les périodes de confinement ont mis en lumière la fracture numérique et les disparités d’accès aux ressources pédagogiques. Selon une étude de la DEPP (Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance), 30% des élèves issus de milieux défavorisés ont rencontré des difficultés majeures pendant l’enseignement à distance.
Par ailleurs, les mutations du monde du travail, accélérées par la transformation digitale et les défis environnementaux, nécessitent une adaptation constante des compétences. Les métiers évoluent, certains disparaissent tandis que d’autres émergent. Dans ce contexte mouvant, l’accès à la formation tout au long de la vie devient un enjeu crucial de sécurisation des parcours professionnels et de cohésion sociale.
Le partenariat Cnam-Fondation EDF s’inscrit donc dans une dynamique de réponse à ces défis contemporains. Il propose une approche pragmatique qui s’appuie sur les forces complémentaires des deux institutions pour apporter des solutions adaptées aux besoins des territoires et des populations.
Des dispositifs innovants au service de l’inclusion
Le cœur du partenariat entre la Cnam et la Fondation EDF repose sur la mise en œuvre de dispositifs concrets visant à favoriser l’accès à la formation et à l’emploi pour les publics qui en sont traditionnellement éloignés. Parmi les initiatives phares figure le programme « Tremplins pour l’avenir« , qui propose un parcours d’accompagnement sur mesure pour les jeunes décrocheurs et les personnes en reconversion professionnelle.
Ce programme s’articule autour d’une pédagogie innovante qui combine enseignement théorique, mise en situation professionnelle et accompagnement personnalisé. Les apprenants bénéficient d’un suivi individualisé assuré par des tuteurs issus du monde académique et des mentors professionnels venant des entreprises partenaires de la Fondation EDF.
Une attention particulière est portée à la validation des acquis de l’expérience (VAE), un dispositif encore sous-utilisé en France mais qui représente un levier puissant pour la reconnaissance des compétences. « Nous avons constaté que de nombreuses personnes possèdent des compétences réelles acquises sur le terrain, mais qui ne sont pas valorisées faute de diplôme », explique Marie Durand, responsable des programmes éducatifs à la Fondation EDF. « Notre objectif est de leur donner les moyens de faire reconnaître ces compétences et de les compléter par des formations ciblées. »
Le numérique comme vecteur d’inclusion
Un autre axe majeur du partenariat concerne la lutte contre la fracture numérique. Dans une société où la maîtrise des outils digitaux devient indispensable tant pour l’accès à l’emploi que pour l’exercice de la citoyenneté, l’illectronisme (illettrisme numérique) constitue un facteur d’exclusion. Pour y remédier, la Cnam et la Fondation EDF déploient des « Espaces Numériques Inclusifs » dans plusieurs régions françaises.
Ces espaces, implantés principalement dans des zones rurales et des quartiers prioritaires de la politique de la ville, proposent à la fois un accès au matériel informatique, des formations aux compétences numériques de base et un accompagnement aux démarches en ligne. L’originalité de l’approche réside dans la mobilisation de « médiateurs numériques« , formés spécifiquement pour accueillir et accompagner les publics les plus éloignés des technologies.
« Le numérique peut être un formidable outil d’émancipation à condition d’en maîtriser les codes », souligne Pierre Martin, coordinateur du réseau des espaces numériques. « Notre ambition est de transformer ce qui pourrait être un facteur d’exclusion en un levier d’inclusion sociale et professionnelle. »
- Création de 15 Espaces Numériques Inclusifs d’ici 2024
- Formation de 200 médiateurs numériques
- Objectif de 10 000 personnes accompagnées annuellement
- Développement d’applications mobiles d’apprentissage adaptées aux publics fragiles
L’accompagnement vers les métiers d’avenir
Le partenariat met un accent particulier sur les métiers liés à la transition énergétique et écologique. Ces secteurs, en pleine expansion, offrent des perspectives d’emploi importantes mais souffrent parfois d’un déficit d’image ou de méconnaissance de la part du grand public.
Pour remédier à cette situation, la Cnam et la Fondation EDF ont conçu le programme « Énergies du futur« , qui combine sensibilisation aux enjeux environnementaux, découverte des métiers et formations qualifiantes. Des parcours spécifiques ont été élaborés pour les métiers de la rénovation énergétique, des énergies renouvelables, de la mobilité durable ou encore de l’économie circulaire.
« Ces secteurs vont créer des centaines de milliers d’emplois dans les prochaines années », affirme Sophie Legrand, directrice des partenariats à la Cnam. « Notre rôle est de permettre à chacun, quel que soit son niveau de formation initial, de saisir ces opportunités en acquérant les compétences nécessaires. »
Un déploiement territorial ambitieux
La force du partenariat entre la Cnam et la Fondation EDF réside dans sa capacité à se déployer sur l’ensemble du territoire national tout en s’adaptant aux réalités locales. L’approche retenue s’appuie sur le maillage territorial du Cnam, qui dispose de centres régionaux et d’antennes départementales, et sur les implantations industrielles d’EDF qui constituent autant de points d’ancrage pour des actions de proximité.
Dans chaque territoire concerné, des comités de pilotage locaux réunissent les représentants des deux partenaires, mais aussi les collectivités territoriales, les services de l’État, les acteurs économiques et le tissu associatif. Cette gouvernance partagée permet d’identifier les besoins spécifiques du bassin d’emploi et d’adapter les dispositifs en conséquence.
« Nous ne croyons pas aux solutions uniformes imposées d’en haut », précise Jean Dupont, délégué territorial de la Fondation EDF pour la région Grand Est. « Chaque territoire a ses spécificités, ses atouts et ses fragilités. Notre rôle est d’accompagner les dynamiques locales en apportant notre expertise et nos ressources. »
Cette approche territoriale se traduit par la mise en place de « Campus des métiers et des qualifications » qui regroupent, sur un même site ou en réseau, des établissements d’enseignement secondaire et supérieur, des organismes de formation, des laboratoires de recherche et des entreprises. Ces campus, labellisés par l’État, visent à développer des formations en adéquation avec les besoins économiques locaux et à faciliter l’insertion professionnelle des apprenants.
Des expérimentations locales prometteuses
Plusieurs territoires pilotes ont déjà commencé à expérimenter les dispositifs issus du partenariat. À Marseille, dans les quartiers nord, un programme d’accompagnement vers les métiers du numérique a permis à une cinquantaine de jeunes sans qualification de se former aux métiers de développeur web et de technicien réseau. « Ce qui fait la différence, c’est l’accompagnement global », témoigne Karim Benali, coordinateur du programme. « Nous prenons en compte toutes les dimensions : formation technique, bien sûr, mais aussi confiance en soi, codes de l’entreprise, mobilité, logement parfois… »
Dans le Pas-de-Calais, c’est autour des métiers de la transition énergétique que s’est structuré le partenariat local. Une ancienne friche industrielle a été reconvertie en centre de formation dédié aux techniques de l’isolation thermique et des énergies renouvelables. Les stagiaires, principalement des demandeurs d’emploi de longue durée et des salariés en reconversion, bénéficient d’une formation en situation réelle grâce à des chantiers-écoles menés sur des bâtiments publics.
En Bretagne, l’accent a été mis sur les métiers maritimes et littoraux, avec un focus particulier sur l’éolien offshore et les énergies marines renouvelables. « Ces filières offrent des perspectives d’emploi considérables dans notre région », souligne Anne Kermarrec, directrice du centre Cnam de Brest. « Mais elles requièrent des compétences spécifiques que nous nous attachons à développer en partenariat avec les industriels du secteur. »
- Déploiement dans 12 régions métropolitaines et 3 territoires d’outre-mer
- Création de 8 Campus des métiers et des qualifications
- Développement de 25 parcours de formation adaptés aux besoins locaux
- Mise en place de 30 chantiers-écoles sur l’ensemble du territoire
L’impact social et les perspectives d’avenir
Au-delà des chiffres et des dispositifs, le partenariat entre la Cnam et la Fondation EDF ambitionne de produire un impact social durable sur les territoires et les populations concernés. Une étude d’impact, confiée à un laboratoire de recherche indépendant, accompagne le déploiement des actions pour en mesurer les effets à court, moyen et long terme.
Les premiers résultats sont encourageants. Sur les sites pilotes, le taux d’insertion professionnelle des bénéficiaires atteint 73%, un chiffre nettement supérieur aux moyennes habituelles pour des publics comparables. Plus significatif encore, 82% des personnes accompagnées déclarent avoir gagné en confiance en elles et en capacité d’agir, deux dimensions essentielles pour une insertion sociale et professionnelle durable.
« Ce qui nous intéresse, ce n’est pas seulement l’emploi immédiat, mais la capacité des personnes à construire leur parcours dans la durée », explique Sylvie Leroy, responsable de l’évaluation à la Fondation EDF. « Nous mesurons donc aussi des indicateurs comme l’autonomie dans les apprentissages, la capacité à se projeter dans l’avenir ou encore l’élargissement des réseaux sociaux et professionnels. »
Un modèle économique hybride et innovant
Pour assurer la pérennité et le développement de ces actions au-delà de la phase expérimentale, les deux partenaires ont conçu un modèle économique hybride qui combine financements publics, mécénat privé et activités génératrices de revenus.
La Fondation EDF apporte un soutien financier initial sous forme de subventions et mobilise son réseau d’entreprises partenaires pour des actions de mécénat de compétences et des engagements d’embauche. Le Cnam, de son côté, met à disposition ses ressources pédagogiques et ses infrastructures, et mobilise les financements publics de la formation professionnelle.
Mais l’originalité du modèle réside dans le développement progressif d’activités économiques liées aux formations. Ainsi, les chantiers-écoles produisent des biens et services valorisables (rénovation de bâtiments, production d’énergie renouvelable, services numériques…), tandis que l’expertise développée en matière d’ingénierie pédagogique et d’accompagnement est proposée à d’autres acteurs sous forme de prestations de conseil.
« Notre ambition est de créer un cercle vertueux où la valeur créée par les actions de formation contribue à leur financement », résume Michel Blanc, directeur du développement au Cnam. « C’est une condition de la durabilité et de l’autonomie du dispositif. »
Des défis à relever pour un déploiement à grande échelle
Malgré ces premiers succès, le déploiement à grande échelle du partenariat se heurte à plusieurs défis. Le premier concerne la coordination entre les multiples acteurs impliqués, tant au niveau national que local. Les logiques institutionnelles, les calendriers et les priorités peuvent parfois diverger, nécessitant un travail constant d’alignement et de médiation.
Un autre défi majeur réside dans la capacité à toucher les publics les plus éloignés de la formation et de l’emploi. « Nous constatons que les dispositifs, même les plus inclusifs, attirent souvent des personnes qui disposent déjà d’un minimum de ressources sociales et culturelles », reconnaît Paul Dupuis, sociologue associé à l’évaluation du programme. « Aller vers les ‘invisibles’, ceux qui ne poussent la porte d’aucune institution, reste un défi considérable. »
Pour y répondre, les deux partenaires développent des stratégies de médiation sociale qui s’appuient sur les acteurs de proximité – associations locales, centres sociaux, missions locales – et sur des démarches d’aller-vers. Des équipes mobiles sillonnent ainsi certains territoires pour présenter les opportunités offertes par le partenariat et lever les freins psychologiques ou pratiques qui peuvent entraver l’accès à la formation.
- Formation de 50 médiateurs sociaux spécialisés dans l’accompagnement vers la formation
- Mise en place de 10 équipes mobiles dans les territoires prioritaires
- Création d’une plateforme numérique de mise en relation des acteurs
- Organisation de forums territoriaux annuels pour partager les bonnes pratiques
Le partenariat entre la Cnam et la Fondation EDF représente une initiative majeure dans le paysage de la formation professionnelle en France. En conjuguant l’expertise pédagogique d’un établissement public centenaire et l’engagement sociétal d’une fondation d’entreprise, cette alliance crée un écosystème favorable à l’inclusion et à la réussite de tous. Les premiers résultats, tant quantitatifs que qualitatifs, témoignent du potentiel transformateur de cette approche qui place l’humain au cœur des dispositifs. Face aux défis sociaux, économiques et environnementaux qui marquent notre époque, de telles initiatives ouvrent des voies prometteuses pour réconcilier performance économique et justice sociale.